Le Private Equity autrement et à long terme
Une enquête OpinionWay pour Les Echos et Le Conservateur tend aux Français un miroir saisissant sur leur rapport à l’épargne et leur capacité à la rendre performante et productive. Nos concitoyens aspirent légitimement à un rendement élevé de leurs placements, au moins 6 %, mais ils redoutent la perte en capital. Ils savent que les meilleures performances se situent désormais hors des sentiers battus, et ils s’en croient exclus. 75 % des Français estiment que le haut rendement reste le privilège des investisseurs avertis.
Ce constat ne traduit pas une défiance irrationnelle. Il exprime une exigence de clarté. Les épargnants attendent qu’on leur propose des solutions adaptées à leurs réalités. Le capital-investissement pourrait répondre à leurs nouveaux besoins, mais il se heurte à deux obstacles : son caractère purement financier et son caractère exclusif et opaque.
La perception du private equity doit changer. Pour cela, les fonds doivent transformer leur modèle en investissant dans les entreprises comme des entrepreneurs et moins comme de purs financiers : accompagner dans la durée des PME et des ETI, leur apporter un capital patient ainsi qu’une expertise opérationnelle, faire émerger des champions de leurs marchés et partager activement leurs risques comme leurs réussites.
Deuxième changement à opérer, le private equity ne doit plus être exclusif et opaque. Si le capital-investissement s’impose comme la classe d’actifs la plus performante sur le long terme avec un TRI net de 11 %, pourquoi devrait-elle rester l’apanage des seuls institutionnels ? L’épargnant individuel, qui soutient déjà l’économie via ses contrats d’assurance-vie et son PER doit pouvoir participer au financement de l’économie réelle, celle des champions de demain, dans des conditions strictes de transparence et de gouvernance.
Cette démocratisation doit se faire par étapes, avec méthode et dans une perspective de long terme, celle de la retraite, avec une duration moyenne de 24 ans. L’introduction progressive il y a dix ans du private equity au sein des contrats d’assurance-vie grand public, puis du PER depuis 2019, a constitué une rupture majeure. Elle a prouvé qu’un particulier pouvait accéder à des standards de gestion institutionnels.
Aujourd’hui, il faut franchir un nouveau cap en développant et en partageant des outils d’évaluation rigoureux et des indices publics clairs de performance, notamment pour les fonds à capital permanent dits « evergreen ». Car la confiance de l’épargnant ne naît pas des promesses. Elle se mesure et s’objective par la transparence des données.
Le chemin qui reste à parcourir demeure immense. La France ne consacre encore qu’une part infime de son épargne, 2 %, au non-coté, alors que les grands fonds américains y allouent près de 25 % de leurs actifs. Ce retard structurel n’est pas une fatalité. Il représente une formidable réserve de croissance pour nos entreprises comme pour notre pays, et un gisement de rendement pour le pouvoir d’achat des épargnants et la construction de leur retraite.
Ce fossé ne se comblera pas en sommant les Français de souscrire à des produits complexes qu’ils ne maîtrisent pas. Leurs attentes sont limpides : la protection ou la gestion du risque, une liquidité maîtrisée, une transparence totale des frais, la lisibilité de l’investissement, son sens, et une performance réelle. Pendant des décennies, l’industrie de l’épargne a présenté ces exigences comme inconciliables, opposant rendement et sécurité, performance et liquidité.
C’est précisément ce dilemme historique que l’ingénierie financière contemporaine doit dépasser. Non pas en diluant l’essence même du private equity pour le rendre grand public, mais en mettant l’expertise des professionnels au service d’une promesse tenue.
Les Français ne manquent ni d’épargne ni de discernement. Ils manquent de véhicules d’investissement conçus pour eux et de la confiance qu’on a trop rarement pris la peine de leur accorder. Il est temps de les écouter.
Grégoire Sentilhes, Président et fondateur de NextStage AM
